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© QUERCY NET, 1997 - 2002

Le dernier Conseil d'administration

par Bernard Davidou

C'était le dernier conseil de l'année 2004 et parce que, hasard du calendrier, il devait se tenir le vingt-quatre décembre, les secrétaires avaient disposé des guirlandes dans la grande salle dédiée à ces réunions.

C'était une grande pièce rectangulaire au dernier étage du siège de " World Wide Management Lted ". Les grandes baies condamnées en raison du danger qu'il y aurait eu à se pencher et de la climatisation, donnaient sur le bleu métallique du vide sidéral. Elles avaient été " bombées" avec un produit en " spray " destiné à représenter la neige.

La porte principale, capitonnée afin de garantir le secret des délibérations, était décorée par un attelage de rennes et un traîneau sur lequel le Père Noël se reconnut, hilare, rubicond et ridicule faisant claquer son fouet. La table du conseil, massive et parfaitement lustrée, avait été fabriquée sur mesure, pour la pièce, à ses dimensions et en occupait pratiquement tout l'espace.

Les fauteuils étaient disposés régulièrement autour d'elle, exactement au nombre des administrateurs plus un pour l'invité exceptionnel qu'il était, en ce jour de Noël et comme annoncé dans la convocation avec l'ordre du jour signé du Président. En face de chaque fauteuil, des deux côtés sur la longueur de la table, se trouvaient un bloc-notes, un crayon, un gobelet en carton et une bouteille d'eau minérale. En raison de la fête de Noël les petites mains avaient disposé des bouteilles de champagne, des jus de fruit et des biscuits, sur une petite desserte dans un coin de la pièce prés du fauteuil du Président.

Lorsque le Président entra par la porte du fond qui donnait directement accès à son grand bureau, les administrateurs, qui conversaient en petits groupes, firent silence et attendirent respectueusement qu'il se soit assis pour en faire autant, chacun devant le carton qui désignait sa place.

Le Père Noël, peu familier de ce cérémonial, hésita en cherchant la sienne, puis prit celle qui restait inoccupée et constata qu'il ne s'était pas trompé en lisant son nom sur le carton qui lui faisait face. Sur celui-çi, le Président avait griffonné " Bienvenu Père Noël dans notre instance suprême de décision pour la planète Terre ".

Sa secrétaire lui ayant remis le registre des présences signé par chaque participant en entrant dans la salle, Il la congédia d'un signe et attendit qu'elle ait refermé avec soin la porte capitonnée, pour souhaiter la bienvenue à tous.

C'était un vieux lutteur qui avait créé tous les actifs de l'entreprise à partir de rien et en possédait toujours toutes les actions. Il avait, dés le début, établi comme principe qu'il déléguait au maximum et qu'il laissait les hommes entièrement libres. Pour cette raison les choses n'allaient pas toujours très bien sur terre.

Il connaissait chaque terrien, et était, comme disent les écritures, " capable de sonder les reins et les cœurs". D'un regard circulaire il balaya l'assistance et déclara :

 - Bonjour à tous. Le " quorum " étant atteint, je déclare cette séance du notre conseil d'administration ouverte.

Dans ma convocation je vous ai annoncé la présence d'un invité exceptionnel. En raison du calendrier qui nous fait tenir cette séance la veille

du jour de Noël, j'ai demandé au Père Noël de se joindre à nous. Je vous demande donc de l'accueillir et je le remercie de nous consacrer un peu de son temps si précieux à quelques heures du début de sa tournée de distribution de jouets.

- Pouvons nous trouver un volontaire pour le compte rendu ou bien dois-je le désigner ?

Il chercha une réponse sur les visages des participants tandis que le silence s'épaississait. Chacun semblait absorbé par la vérification de la pointe de son crayon ou le contenu de son agenda. Après un temps il reprit :

- Je vous rappelle l'importance de l'unique point inscrit à l'ordre du jour :

" La terre court à la catastrophe. Quelles décisions prendre pour arrêter la guerre, la faim et la pollution? " . Nous n'allons tout de même pas demander au Père Noël de faire notre compte-rendu ?

Des rires désobligeants fusèrent d'un côté de la salle et si le Président, d'un tout petit signe de son gros sourcil n'y avait mis bon ordre, se seraient étendus à tous les autres qui, prudents attendaient sa réaction pour décider de l'attitude à adopter.

Parce qu'il avait été mis en cause, le Père Noël se crût autorisé à prendre la parole.

- Je veux bien faire le compte-rendu, si c'est nécessaire. Je sais écrire et ces problèmes qui concernent les enfants me préoccupent autant que tous.

Sa proposition ne put être acceptée par le Président qui répondit :

- Nous n'en doutons pas et vous remercions de votre proposition cher ami, mais nos statuts prévoient que le secrétaire doit être choisi au sein du conseil.

" Oncle Picsous " qui était le Directeur Administrateur et Financier et le collaborateur le plus proche du Président, fut désigné volontaire et les débats commencèrent avec les interventions des uns et des autres.

Le Père Noël écoutait avec amusement les diverses propositions. Parfois son regard accrochait celui du Président qui, habilement, dans un premier temps, menait le débat sans l'orienter, donnant la parole, la reprenant, faisant préciser et développer une idée intéressante ou reformuler une phrase dont la forme était maladroite. Certains parlaient bien … pour ne rien dire. Leur discours sonnait agréablement aux oreilles de l'assistance, émaillé de mots inattendus ou rares, de citations amusantes et … que personne ne vérifierait. Le Président, qui n'était pas dupe, laissait à l'orateur le temps de détendre l'atmosphère, puis reprenait le débat pour le recentrer sur l'ordre du jour.

Le plus souvent les échanges étaient âpres entre les différents groupes qui défendaient leurs intérêts avec une rouerie et un art de la dialectique surprenant quand on regardait les personnages anodins qu'ils paraissaient être.

Il y avait dans le conseil des blocs irréductibles. L'un prétendait que tous les maux de la planète provenaient du fait que l'autre lui avait pris sa terre et l'en avait chassé. L'autre rétorquait que la terre lui appartenait bien avant et qu'il avait le droit d'y retourner…

Le Père Noël qui s'agitait sur son siège attira l'attention du Président qui lui donna la parole.

- Il y avait dans les années cinquante un homme(1) qui, du fond de sa prison, proclamait que la terre de son pays, l'Afrique du Sud, appartenait à tous ceux qui y vivaient, les anciens habitants ses frères noirs comme les nouveaux arrivés européens blancs et anciens colons responsables d'un apartheid qui durait depuis trois cents ans. Ceci ne peut-il pas être la règle pour tous ?

- Je sais dit le Président.

Certains proposèrent de limiter drastiquement la consommation d'énergie afin de limiter les rejets et sortir du cycle infernal du réchauffement de la planète. Ceux qui vendent le pétrole (et ne vendent que cela) trouvèrent des alliés objectifs auprès de ceux qui prétendent que cette limitation casserait une croissance qui leur permettra de sortir enfin de la misère et auprès de ceux qui avec mauvaise foi assurent que la relation entre pollution et réchauffement n'est pas scientifiquement démontrée. Ils manifestèrent en commun et violemment leur opposition à toute réglementation contraignante.
La tension monta alors d'un cran et le président dut taper sur la table pour rétablir le silence.

Il regarda le Père Noël avec tristesse et pour faire diversion lui donna la parole avant qu'il l'ait demandé.

- Pourquoi, sur ce point comme sur les précédents, ne demande-t-on pas leur avis aux enfants ? C'est leur terre que nous préparons après tout.

- Je sais dit le Président.

Pour faire plaisir au Père Noël, se tournant vers le secrétaire pour s'assurer qu'il ne dormait pas ( tous les sujets de discussion autres que la bourse ou l'argent le faisaient bailler ) il ajouta "Picsous notez que nous reprendrons cette idée intéressante en deux mille cinq ".

S'adressant ensuite à l'ensemble de l'assistance, il demanda si quelqu'un avait quelque chose à ajouter.

Personne ne dit mot.

L'ordre du jour étant épuisé, le Président annonça que l'assemblée allait passer au vote. Celui-ci, comme prévu dans les statuts, se déroulerait en huis clos, la présence d'un étranger au conseil y était interdite. En conséquence, il remercia le Père Noël de sa présence constructive et l'invita s'il disposait encore d'une heure, à retrouver l'ensemble des participants après le vote pour boire le champagne en l'honneur de la nouvelle année.

Un peu plus tard la grande porte du conseil s'ouvrit à nouveau pour le Père Noël. Dans la grande salle régnait un désordre de papiers froissés de fauteuils dérangés. Le Père Noël sourit en remarquant que le ridicule ensemble censé le représenter avec les rennes avait été discrètement enlevé du mur.

L'animosité et les invectives de la réunion avaient eux aussi disparu. Les administrateurs se pressaient autour de la secrétaire qui remplissait les coupes qu'ils lui tendaient en parlant et riant bruyamment.

Le Président en fit remplir une qu'il porta à son invité.

- Alors, que pensez-vous de mon équipe ?

Et sans attendre sa réponse il continua :

- Ne vous faites pas trop de soucis, vieil homme. Les choses vont mal, mais nous qui sommes éternels savons que cela pourrait être pire encore. En ce qui concerne l'avis des enfants dans les décisions que je prends, c'est très bien, il y a longtemps que j'y pense. Reparlez-moi en en deux mille cinq ou en deux mille six ou plus tard, nous verrons les détails pratiques de cette révolution. Je pense que l'opinion n'est pas prête. Nous avons le temps.

Je ne vais pas pouvoir rester très longtemps avec vous car j'ai un anniversaire chez moi.

Vous faites un boulot magnifique. Allez, … encore merci de votre visite dit-il en lui serrant familièrement le bras … et bonne année 2005.

La sonnerie avait réveillé Archibald (2) mais il s'était tourné vers le mur en maugréant. La mère Noël lui secouait l'épaule :

- Archi réveille-toi, tu as une longue journée, c'est Noël demain et les enfants t'attendent !

Il se gratta la tête en se disant que les enfants de la terre lui donnaient bien des soucis et qu'il avait encore fait un cauchemar.

 

Bernard DAVIDOU 24/12 2004

(1) Nelson MANDELLA
(2) Pour ceux qui ne le savent pas, c'est le prénom du Père Noël.

 

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