Le Quercy est certainement le lieu privilégié pour l'exploration et l'étude du karst ; en effet, l'histoire géologique de cette région montre que les terrains carbonatés jurassiques ont été soumis à l'érosion et à la dissolution pendant des périodes d'émersion qui ont duré plus de 80 Ma (1), au Crétacé inférieur et au Tertiaire.

Pendant ces longues périodes émersives, les autres régions françaises ont été protégées des érosions-dissolutions par enfouissement dans les bassins sédimentaires et les géosynclinaux, alors que sur les massifs anciens (Bretagne, Massif central, etc.), les réajustements orogéniques ont provoqué une érosion quasi continue sur des sédiments jurassiques ou crétacés d'épaisseur réduite.

Sur la quasi-totalité du Quercy, les phénomènes karstiques sont nombreux et variés. On peut les classer d'après leur histoire en 3 ensembles :

  • les paléokarsts stricto sensu (Paléocène à Miocène inférieur, Plio-Quaternaire), cavités entièrement colmatées, pénétrables par l'homme seulement à la suite d'une exploitation du remplissage (sables, argiles, argiles phosphatés, etc.) ;

  • les cavités héritées, dont le remplissage a été partiellement déblayé, éventuellement pénétrable par l'homme, avec ou sans circulation d'eau.

  • les cavités récentes (Quaternaire post-Mindel), souvent pénétrables par l'homme, avec ou sans circulation d'eau.


Les phosphorites du Quercy
Ce paléokarst exceptionnel se localise au Sud-Ouest du Quercy, principalement sur le causse de Limogne. Ce sont des conduits karstiques qui ont été partiellement vidés de leurs remplissages, pour l'extraction d'argiles phosphatées utilisées pour fertiliser les sols. Les remplissages des " poches " à phosphorites montrent une prédominance de la kaolinite dans les argiles à pisolites (goethite) du Bretou, alors que le remplissage de Garouillas, caractérisé par des illites avec de rares pisolites, est très semblable à la molasse palustre oligocène.

Les fouilles récentes effectuées par les paléontologistes montrent que les phosphorites du Quercy sont un laboratoire extrêmement riche qui permet de déchiffrer l'évolution, en particulier des mammifères, au cours de l'ère Tertiaire.
Ces fouilles révèlent que les faunes extraites des remplissages s'échelonnent sur une période supérieure à 22 millions d'années, de l'Éocène inférieur au Miocène inférieur, la spécialisation faunique de chaque cavité et le passage d'un climat tropical humide à l'Éocène à un climat à aridité croissante au cours de l'Oligocène.


Le karst polyphasé du causse de Limogne

La figure ci-dessus montre les relations entre la paléosurface du causse de Limogne, ou subsistent encore quelques buttes témoins de sédiments tertiaires, le karst des phosphorites (figuré en rouge), et le karst quaternaire actif qui alimente les résurgences de la vallée du Lot.
La morphologie du paléokarst des phosphorites du Quercy a été décrite par B. Gèze et Y. Billaud. Les anciennes exploitations montrent des portions de réseaux de conduits, parfois labyrinthiques, éléments d'un vrai karst hypogé. Les galeries (drains horizontaux) sont de taille variable, parfois vastes (10 mètres de diamètre), tronquées par l'érosion quaternaire, elles donnent ce qui était appelé " filon " par les anciens carriers. Les puits (drains verticaux) sont généralement de section allongée ils peuvent atteindre 60 mètres de profondeur. Les microformes observables sur les parois (banquettes, anastomoses, coupoles,..) montrent une évolution en régime noyé.


Le karst "plio-quaternaire"
A la fin du Miocène, l'exhaussement du Massif Central a crée sur les causses des conditions nécessaires aux processus de karstification. Des phases de creusement successives se sont échelonnées sur 7 Ma. Le réseau hydrographique aérien a peu à peu creusé les vallées dans la périphérie des causses. Un certain nombre d'écoulements sont devenus alors quasiment souterrains.

Sur sa bordure orientale des causses, les ruisseaux issus des formations liasiques imperméables (Limargue et Terrefort) disparaissent entièrement dans des pertes établies au contact des calcaires : Réveillon, Saut de Pucelle, Thémines, Théminettes, Assier, Marciel, Laramière, etc.. à l'exception de l'Alzou qui conserve une faible activité temporaire en aval de Gramat.

Les causses du Quercy, constitue un fluvio-karst remarquable. Si les vallées sèches occupent largement le paysage à l'ouest, en entaillant sur plusieurs dizaines de mètres la masse calcaire, elles deviennent dans leur partie amont plus difficilement repérables, compte tenu de la désorganisation opérée postérieurement par des centaines de dolines.

Des dolines géantes jalonnent le cours souterrain de l'Ouysse (dolines-puits des Besaces et Vitarelles) et de la fontaine des Chartreux (dolines-puits : de Saint-Cirice et d'Aujols).

Les ouvalas (2) occupent des secteurs bien précis des causses de Martel (Baladou et les Landes basses), de Gramat (les Cloups, les Aspes et Rhodes), du causse de Limogne (Pasturat et Berganty) et les nombreux lapiez, dont les plus remarquables sont situés dans la Braunhie, sont les témoins d'une intense karstification.

Les paysages karstiques des trois causses lotois sont différenciés ; ainsi les causses de Martel et de Limogne ont conservé un important manteau de formations argilo-marneuses tertiaires alors que la plupart de ces formations ont été enlevées par l'érosion sur le causse de Gramat lui conférant ainsi une aridité plus accentuée et masquant moins les formes exokarstiques (3) .


Pech-Merle : une cavité héritée
Découverte par André David et Henri Dutertre en 1922, la grotte du Pech-Merle occupe une place prépondérante dans le patrimoine archéologique de la France. L'Abbé Amédée Lemozi et André David vont explorer environ 1 km de galeries et découvrir et décrire la plupart des oeuvres pariétales que recèle la grotte. Les découvertes se sont succédé jusqu'en 1949 avec la découverte de la galerie du Combel. L'étude la Grotte se poursuit actuellement sous la direction de Michel Lorblanchet.

En 1924 la grotte a été ouverte au public, le parcours aménagé a été prolongé en 1952 permettant la visite de l'étage supérieur (salle Rouge). On accède à la grotte par un puits artificiel profond d'une douzaine de mètres. La visite de 600 m de galeries, confortablement aménagées, présente un intérêt majeur dans des domaines diversifiés ; à l'intérêt des oeuvres pariétales paléolithiques, s'ajoute une ornementation stalagmitique très riche : les colonnes massives côtoient les bouquets d'excentriques, les disques imbriqués sont uniques.

A proximité immédiate de la grotte, le musée Amédée Lemozi, présente des collections provenant de plus de 160 gisements préhistoriques lotois s'échelonnant du paléolithique inférieur à l'âge des métaux. Une salle est réservée à la présentation de l'art paléolithique.

Les oeuvres pariétales
670 motifs peints ou gravés sur les parois du Pech-Merle sont répertoriés. Les représentations animales les plus fréquentes sont les mammouths et les bisons, auxquels s'ajoutent des chevaux, des aurochs, des cervidés, des bouquetins et 1 ours. On observe également un très grand nombre de signes (ponctuations, bâtonnets, etc.) et des mains négatives. L'ensemble des figures de la grotte s'échelonne du Périgordien final au début du Magdalénien (25 000 à 15 000 avant J.C.). Une datation récente au radiocarbone donne un âge de 24 600 B.P. pour la frise des chevaux pommelés.

Le paléokarst de Pech-Merle
La grotte, creusée dans des calcaires massifs oolithiques (formation de Rocamadour), est localisée sur la bordure méridionale du Causse de Gramat (terrains d'âge Jurassique moyen et supérieur).

La grotte du Pech-Merle et les deux cavités voisines : l'igue Mathurin (4) et la grotte Marcenac forment un vaste réseau souterrain ancien de 40 millions d'années. Ces cavités entièrement colmatées à la fin de l'Eocène ont eu une partie de leur remplissage vidangé par des fissures et véhiculé par de petites circulations d'eau sous-jacentes. Les vides ainsi créés, en décomprimant les parois ont provoqué des éboulements internes (monolithes de la salle des chevaux dans Pech-Merle). Enfin, la cavité étant exondée, un concrétionnement de calcite a couvert partiellement les blocs basculés. Quand l'homme préhistorique a pénétré dans la grotte du Pech-Merle, il a trouvé sa morphologie identique, à quelques concrétions près, à ce qu'elle est aujourd'hui.


Plan de la grotte de Pech-Merle (d'après Ph. Renault, 1969)


(1) Ma : millions d'années.
(2) Ouvalas : dépression fermée assez vaste, formée par la coalescence de plusieurs dolines.
(3) Exokartiques : caractérise les formes superficielles du karst, doline, lapiaz, ouvalas, etc...
(4) Appelation locale de l'Ouysse.



© Jean, Guy Astruc et Quercy Net, 2003



Doline puits au-dessus du réseau de l'Ouysse souterraine

 
Système karstique
de l'Ouysse

La superficie de ce système est d'environ 540 km2, dont 360 sont occupés par le Causse de Gramat. Les écoulements superficiels qui drainent la partie amont du système (Lias argilo-calcaire et gréseux et terrains cristallophylliens) se perdent dès leur arrivée sur le Causse. Les pertes les plus importantes sont les pertes totales de Thémines (ruisseau l'Ouysse) et de Théminettes (ruisseau le Francès). Plusieurs pertes ont été repérées dans le lit de l'Alzou, au niveau et à l'aval immédiat de Gramat. Ce cours d'eau reste néanmoins temporaire et draine le nord du bassin versant de l'Ouysse. Les exutoires du système de l'Ouysse, dits "sources de l'Ouysse ", sont constitués par les trois résurgences que sont les vasques de Cabouy, Saint-Sauveur et Fontbelle. Il faut y ajouter les résurgences des Fruitières plus diffuses et moins importantes, situées dans le cours même de l'Ouysse. Le réseau souterrain de l'Ouysse, bien identifié par des traçages, puis inventorié grâce aux explorations spéléologiques en cours, est connu actuellement sur environ 30 km, soit approximativement le tiers du développement estimé des cavités. Il est principalement pénétrable en trois points
Les pertes de Thémines possèdent un ensemble souterrain développant 6 km de galeries et formé de deux rivières pérennes reliées par une galerie supérieure entrecoupée de gours. Ces conduits étagés témoignent de l'enfouissement progressif de l'Ouysse.
Le gouffre des Vitarelles, profond de 130 m, donne accès à la rivière souterraine de même nom. Cette dernière est constituée d'un conduit principal long de plus de 7 Km, entrecoupé de grandes salles chaotiques remontant parfois à plus de 80 m au-dessus de la rivière et se terminant par un siphon, à 6,3 km de l'entrée sous la doline du Loze, à Flaujac. Latéralement à cette imposante galerie, constituant la partie médiane de l'Ouysse souterraine, des affluents sont visibles et drainent les ruissellements internes vers la rivière. L'affluent de la Méduse, proche de l'entrée, est lui seul un véritable réseau de plus de 4 km de conduits parfois concrétionnés et établis sur trois niveaux, témoins de trois stades d'enfoncement de l'Ouysse.
La résurgence de Cabouy exutoire principal de l'Ouysse, et le regard noyé de Poumeyssens, 890 m en amont, sont établis sur une grande galerie noyée explorée sur environ 3 km en direction de Magès, jusqu'à l'aplomb de la doline de Flatou.
(Jean-Claude Coustou, 2000)



Bassin versant de l'Ouysse
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Dans l'Ouysse souterraine
la rivière souterraine superbe coulée stalagmitique surnommée la "Méduse"

 

 

 

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