André Bergeron,
typographe de la force ouvrière, plus de 25 années de repos à Caillac

Syndicaliste français
(Suarce, T. de Belfort, 1922), secrétaire général de
la Confédération générale
du travail-Force ouvrière
de 1963 à 1989.

Le coup de foudre pour Caillac

Quand on lui parle de Caillac, les yeux d'André Bergeron brillent: « Ici, nous connaissons tout le monde. Nous nous y plaisons bien ».

C'est par hasard que l'ancien patron de FO a découvert la région. C'est par attachement qu'il y passe tous ses étés: « Je me souviens de l'ancien maire de Peyrilles, Camille Mourgues. C'était un type extraordinaire, qui avait gardé une balle de mitraillette dans la mâchoire. C'est lui qui m'a fait découvrir le coin ». Puis André Bergeron a raconté cette terrible histoire: « Un jour, un enfant de deux ou trois ans est mort. Le curé a refusé de célébrer l'enterrement parce que l'enfant n'avait pas été baptisé. Tous les enfants de la commune ont défilé devant l'église, avec des fleurs, sans tourner la tête vers l'église. C'était une idée de Camille ».
 


Organisation syndicale représentative, née en 1947 d'une scission survenue à l'intérieur de la CGT, au début de la «guerre froide». La CGT-FO est notamment implantée chez les fonctionnaires.


Quelle est son histoire ?
Née en 1895 sous l’appellation CGT, la CGT-FO est apparue sous ce sigle en 1948 à l’initiative de militant(e)s refusant l’emprise du parti communiste sur la CGT.
Depuis ses origines, le principe et la pratique de l’indépendance syndicale sont au cœur de son comportement, de ses analyses, de son rôle. Cette indépendance vaut à l’égard des partis politiques, des gouvernements, de l’État, du patronat et des églises.
Ainsi, par principe Force Ouvrière ne prend pas position à l’occasion des consultations politiques électorales à tous les niveaux. L’exception, conforme aux statuts confédéraux, a eu lieu en 1969, à l’occasion d’un référendum parce que nous avions considéré que la mise en place d’un sénat économique et social conduirait au corporatisme et à l’intégration du mouvement syndical, deux éléments contraires à l’indépendance.
À l’origine, au plan syndical, de la création de nombreuses structures de protection sociale collective (UNEDIC - Retraites complémentaires notamment), la CGT-Force Ouvrière, communément appelée Force Ouvrière a toujours considéré que la pratique contractuelle était un outil important pour construire et développer des droits collectifs à tous les niveaux (interprofessionnel - branches d’activité - entreprises).
En ce sens, Force Ouvrière a toujours combattu le tout État comme le tout marché.
Fondamentalement attachée aux valeurs républicaines (Liberté - Égalité - Fraternité - Laïcité), elle défend le service public et la sécurité sociale comme des structures assurant des droits égaux aux citoyens.
Cela explique le combat mené en 1995 contre l’étatisation de la sécurité sociale ou les conflits avec le patronat sur la refondation sociale, c’est-à-dire la livraison au marché de toutes les structures collectives et solidaires.
Ligne de conduite de Force Ouvrière depuis 1895, l’indépendance syndicale est aussi ce qui assure son avenir en tant que valeur fondamentale.
En témoigne en France ou ailleurs ceux qui s’y réfèrent ou tentent de s’y référer.
 

 

André Bergeron

Né à Suarce en 1922 (Territoire de Belfort), André Bergeron est le fils d’un cheminot. Après les études au collège d’enseignement technique de Belfort, il devient conducteur typographe — comme Georges Séguy — en avril 1936. Syndiqué, il participe le mois suivant aux grèves qui marquent l’arrivée au pouvoir du Front populaire. Après la guerre, André Bergeron devient secrétaire général du syndicat typographique C.G.T. de Belfort. La même année, en 1946, il est secrétaire du groupe F.O. au moment de la rupture avec la C.G.T.

Chez ce laïc austère, d’origine protestante, l’anticommunisme est dès lors une constante. Secrétaire permanent de l’Union départementale des syndicats Force ouvrière du Territoire de Belfort et secrétaire général de la Fédération Force ouvrière du Livre en 1948, André Bergeron entre à la commission exécutive de sa confédération en 1950 en même temps qu’il est élu délégué régional de la C.G.T.-F.O. Il accède, treize ans plus tard, à la plus haute responsabilité en devenant secrétaire général du syndicat Force ouvrière.

De tous les dirigeants syndicaux il est celui qui restera le plus longtemps en place. Son indépendance — bien qu’il soit membre du Parti socialiste — et son ancienneté syndicale font de lui, après l’élection de François Mitterrand, un partenaire peu commode, tant pour le gouvernement que pour les autres syndicats. Il s’oppose toujours à la C.G.T. et aussi à la C.F.D.T., principal concurrent de son organisation. Force ouvrière bénéficie de l’appui de l’opposition de droite dans les premières élections au suffrage élargi pour la Sécurité sociale et progresse, obtenant 25 % des suffrages, talonnant ainsi la C.G.T. et distançant la C.F.D.T. André Bergeron profitait aussi de son image de gestionnaire de l’U.N.E.D.I.C. qu’il préside depuis 1958 de façon discontinue.


André Bergeron est l’auteur de quatre livres: Lettre ouverte à un syndiqué (1975), Ma route et mes combats (
Paris, Jean-Pierre Ramsay, 1976, 228 p.), Tant qu'il y aura du grain à moudre (Paris, Robert Laffont, 1988, 244 p.) et Mémoires (Paris, Editions du Rocher, 2002, 208 p.). Encyclopædia Universalis

 


 

LA DEDICACE DE L'AUTEUR : Après plus de cinquante années de vie militante, j'ai pensé qu'il ne serait peut-être pas inutile d'évoquer quelques-uns des souvenirs qui ont jalonné mon parcours. De tous temps j'ai préservé l'indépendance syndicale. Cela n'a pas toujours été facile. Il ne s'agissait pas de mettre en cause le rôle des partis politiques mais de rappeler que le syndicalisme a pour mission - j'oserai dire éternelle- de défendre les intérêts des salariés alors que les partis ont vocation à diriger l'Etat. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai refusé à Jacques Chirac et à Valéry Giscard d'Estaing d'entrer dans leur gouvernement. Durant un long entretien, en tête à tête, le général de Gaulle a cherché à me convaincre des vertus de l'association du capital et du travail. Je lui ai répondu que, quoi qu'on fasse, il y aurait toujours des différences d'appréciation entre ceux qui dirigent et ceux qui sont dirigés. Par conséquent il convenait sans cesse de rechercher le compromis entre les positions des uns et celles des autres. C'est le fondement de la politique contractuelle qui a permis, par exemple, de créer l'assurance-chômage (l'U.N.E.D.I.C.) et les retraites complémentaires, d'allonger la durée des congés payés, etc... Enfin, j'ai toujours professé qu'il ne fallait jamais mentir aux ouvriers et leur laisser entrevoir ce qui se révélerait impossible. C'est en cédant à la démagogie et à la surenchère que le syndicalisme perd sa crédibilité. (André Bergeron, Secrétaire Général de F.O. de 1963 à 1987)


André Bergeron croit aux hommes

C'est ce samedi 30 août 2003, de 10 à 12 heures et de 14 à 17 heures qu'André Bergeron, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière de 1963 à 1989, dédicacera ses Mémoires à la Maison de la Presse à Cahors. Agé de 81 ans, le prédécesseur de Marc Blondel a gardé un oeil vigilant sur l'actualité sociale. Nous l'avons rencontré, dans sa maison de Caillac, où il passe toutes ses vacances depuis de longues années, en compagnie de son épouse Georgette.

Pourquoi avez-vous décidé de publier vos Mémoires? Il faut bien laisser une trace dans l'Histoire, non? J'ai toujours beaucoup écrit. Depuis 1936, au moment de mon embauche comme ouvrier conducteur typographe, j'ai lu, très jeune, des livres qu'on lit d'habitude beaucoup plus tard. Avec ces Mémoires, je souhaite retracer ce parcours au service des autres. Il faut croire aux hommes. Cela a toujours été le point de départ de mon parcours.

Durant le quart de siècle passé à la tête de FO, vous avez rencontré et négocié avec les plus grands dirigeants. Lequel vous a le plus marqué? J'ai toujours considéré que la couleur politique importait peu. Je défendais les intérêts des salariés, considérant que les personnalités au pouvoir avaient été légitimées par le vote. Mais enfin, je place de Gaulle hors série. Il traînait une telle histoire derrière lui, tout étant très simple. C'était un homme de conviction qui refusait de croire que la lutte des classes était éternelle.

Vous avez aussi approché de près Valery Giscard d'Estaing et Raymond Barre? Le premier était un homme d'une remarquable intelligence qui avait une façon d'être un peu particulière. Raymond Barre était un homme direct qui ne mentait pas. Il disait ce qu'il pensait, parfois brutalement.

Et Mitterrand? Il ne me détestait pas du tout. C'était un homme complexe. Quand il a été élu en 1981, je lui ait dit qu'il allait échouer du simple fait de l'interdépendance des économies des pays d'Europe. Il a échoué au bout d'un an. J'ai souvent été invité, chez lui, rue de Bièvre. Nous avons beaucoup discuté. C'était un homme discutable et discuté. Mais c'était un homme d'Etat qui a beaucoup oeuvré pour l'Europe.

Comment vous y êtes vous pris pour rester tant d'années à la tête d'un des syndicats les plus puissants de France? Il faut croire aux hommes. La différence entre les communistes et moi, c'est qu'eux croient au système. Moi, je pense que si les hommes ne valent rien, on ne peut rien faire. J'ai toujours été à plus de 50 % dans les sondages. J'étais et je reste un réformiste de conviction. Je n'ai pas connu de difficultés internes, j'ai toujours été moi-même, sans tromper les gens et en évitant de tenir un double langage.

Que pensez-vous de votre successeur, Marc Blondel, qui rendra son tablier en février prochain?   J'ai toujours eu pour règle d'or de ne pas commenter l'action de mes successeurs. Dans ma vie, je n'ai d'ailleurs jamais porté d'attaque sur les personnes. J'ai mon opinion, mais je la garde.
Tout le monde sait que mon candidat n'était pas Blondel, mais Pitous, un postier. Blondel ne partageait pas mes convictions mais il a été élu régulièrement.

Que vous inspire le récent et turbulent débat sur la réforme des retraites? C'est un problème réel qui vient de loin. Il fallait donc faire quelque chose. Je n'aime pas la démagogie qui a été faite par les opposants à la réforme. Certains en ont profité pour se dire contre la mondialisation. Je pense à Bové, qui est un démagogue. Tout ça peut avoir des conséquences, de type mai 68. Je rappelle tout le mal qu'on a eu à se sortir d'affaire.

Qu'aimeriez-vous qu'on retienne de vous après votre mort? J'aimerais qu'on dise que j'étais un homme sincère et honnête. Je n'ai jamais trompé les gens dont je défendais les intérêts.

Propos recueillis par Laurent BENAYOUN. La Dépêche du Midi, 29 août 2003

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