Olympe de Gouges,
une Quercynoise en route vers le Panthéon
Les Quercynois peuvent citer avec fierté nombre des produits de leur terroir, les vins de Cahors en particulier, mais également un grand nombre de héros, écrivains et personnages historiques qui ont atteint une renommée nationale voire internationale.
Le plus illustre n'est peut-être pas Luctère, dernier Gaulois à résister à Jules César, ni le pape Jean XXII, ni l'Évêque de la Contre-réforme Alain de Solminhac, ni les poètes Clément Marot ou Hughes Salel, ni Fénelon, ni Saint-Jean-Gabriel Perboyre martyrisé en Chine en 1842, ni Murat ou Bessières, les compagnons de Napoléon, ni Léon Gambetta, ni Champollion, mais une femme.
Si l'on en juge par le nombre de thèses universitaires et de traductions en langues étrangères, par l'impact mondial et durable de ses écrits, le caractère dramatique et symbolique de sa mise à mort, la plus célèbre enfant du Quercy est Olympe de Gouges
(1).
NOTES

(1) Cet article est paru pour la première fois, dans La Semaine du Lot n° 273, du 3 novembre 2001, date anniversaire de l'éxécution d'Olympe de Gouges. Il est reproduit avec l'accord de son auteur qui prépare un film sur Olympe de Gouges.

(2)
Et de Pompignan, dont le château de Caïx est situé près de Luzech, face aux méandres de Parnac. Le château de Caïx est désormais la propriété de la famille royale du Danemark.

(3) En avril 1791, l’Assemblée constituante décrète que la nouvelle Eglise de Sainte-Geneviève sera déstinée à recevoir les cendres des grands hommes. Le même jour le corps de Mirabeau y est déposé. En fait, si le cercueil de Mirabeau est entré au Panthéon, quelques semaines avant celui de Voltaire, et deux ans avant Descartes, il en sera chassé en septembre 1794 au moment où Marat y fait son entrée, mais pas pour l’éternité : la même valse attend Marat auquel la patrie cesse d’être reconnaissante au début de l’année 1795. Dès lors la Convention pour s’éviter d’autre bévue, décide que les honneurs du Panthéon ne pourront être décernés à aucun citoyen, ni son buste placé dans les lieux publics, que dix ans après sa mort. Il faut noter que la plupart des grands hommes qui dorment au Panthéon avec la reconnaissance de la patrie sont surtout des proches de Napoléon. (Note ajoutée en mai 2002)

(4) Éd. Syros 1981, réed. 1989, malheuresement épuisé. On lira avec intérêt ses préfaces aux deux tomes (Chez Côtés Femmes Ed.) des Écrits politiques d'O. de Gouges, Paris 1993, et tous ses autres livres. Une lecture indispensable et agréable : Françoise Auricoste, Histoire des femmes Quercynoises, Éd. Quercy-Recherche, série Histoire, Cahors, 1997. On ne saurait trop recommander aux lecteurs qui s'intéressent à O. de Gouges et à l'histoire des droits de la femme de commencer leur périple à la Bibliothèque Marguerite Durand, 76, rue Nationale, 75013 Paris. http://buweb.univ-angers.fr/ARCHFEM/BMD.htm

(5) Cf. Histoire des droits et des libertés en France, catalogue publié en 1968 par les Archives de France pour le vingtième anniversaire de la "Déclaration universelle des droits de l'homm" (Nations Unies, 10 décembre 1948), quelques années avant les cérémonies du bicentenaire de la Révolution française. La rédaction des "Droits de l'Homme" date d'août 1789. Le 3 septembre 1791, l'Assemblée nationale constituante publie la "Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen" en préambule de la loi constitutionnelle que Louis XVI signe le 14 septembre. "La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne", rédigée et diffusée par Olympe, date du même jour.

(6) L'abolition de l'esclavage sera votée en 1794, quatre mois après l'exécution d'Olympe. L'esclavage retrouvera force de loi sous Bonaparte, avant d'être aboli définitivement en 1848, plus d'un demi-siècle après la campagne anti-esclavagiste menée par Olympe.

(7)
Quand on veut dire des méchancetés sur M. Sartre ou Mme de Beauvoir, c'est l'occasion de recommander la lecture d'un ouvrage trop peu connu : Gilbert Joseph, Une si douce occupation... Albin Michel, 1991.

(8) Sur Robespierre, cf. P. Bessand-Massenet, L'homme et l'idée, Fallois réed. 2001.

(9) C.F. Cahier de Doléances des cordonniers de la ville d’Arras, rédigé par Robespierre. Archives Municipales d’Arras, AA 118, ff. 207-208.

(10) Ce point reste en fait à vérifier. Les auteurs les mieux informés (G. Lenotre, D. Arasse, G. A. Jaeger) sur la guillotine et son histoire ne sont pas précis sur ce point. Selon Gérard Jaeger, la guillotine qui figuera dans le futur musée des prisons à Fontainebleau sera une "louisette" relativement récente ayant servi en Guadeloupe. Nous serons reconnaissants à toutes les personnes qui voudrons bien nous aider à documenter ce paragraphe. (Note ajoutée en mai 2002)


English version

 

Cet article, paru dans La Semaine du Lot n° 273, est publié sur Quercy Net avec l'autorisation de son auteur
Lorsque Robespierre et ses amis en novembre 1793 se félicitent d'avoir guillotiné une femme pour ses idées démocratiques (aucune attaque contre les personnes ni contre les biens, aucun acte de trahison ne pouvaient lui être reprochés), ils ne devinaient pas qu'ils seraient eux-mêmes bientôt raccourcis et jetés aux poubelles de l'Histoire. Que c'est leur victime, la plus belle des Quercynoises, à bien des égards la fondatrice des mouvements pour l'émancipation des femmes, Olympe de Gouges, qui entrerait un jour au Panthéon.
À vrai dire, Olympe n'est pas encore tout à fait entrée dans le temple républicain de la rue Soufflot, mais dans nos colonnes, nous expliquons pourquoi le président de la Région Midi-Pyrénées peut sans tarder le réclamer au Président de la République. Le nouveau maire de Montauban, Mme Barrèges, vient de créer une fondation qui porte le nom d’Olympe de Gouges. L’auteur de l’article a déjà suggéré que son nom soit donné à l’université de Cahors, si celle-ci est un jour rétablie. L’occasion de rendre hommage à une femme exécutée le 3 novembre 1793 pour avoir, entre autres, demandé le droit de vote pour ses sœurs, lesquelles devront attendre 1945
(en France) pour ce faire.

Olympe est née en 1745 de la passion de Jean-Jacques Lefranc de Caïx (2) pour son premier amour de jeunesse à Montauban, Anne-Olympe Mouisset, épouse Gouze. Jamais reconnue par son père naturel, Marie Gouze, veuve très jeune d'un monsieur Aubry, choisira d'être appelée Olympe de Gouges. Elle sera décapitée en 1793 par Robespierre parce qu'elle a exigé l'égalité des sexes et la démocratie. C'est le moment où son fils Pierre, qu'elle adorait, va la renier.

Depuis la division du Quercy par Napoléon en deux départements, Lot et Tarn-et-Garonne, c'est Montauban, sa ville natale, grâce au regretté Félix Castan, qui a le mieux conservé son souvenir en attribuant son nom à un lycée. Mais Olympe appartient au Quercy dans son ensemble et mérite assurément que les élus réclament qu'elle figure à l'avenir non seulement sur des timbres de la Poste, ou les euro-billets, et qu'en sus elle entre au Panthéon où elle aurait de bonnes raisons de retrouver Voltaire, Descartes, Mirabeau (3), Marie Curie, Zola, Jean Moulin.

Comme les cendres d'Olympe de Gouges ont disparu, avec les autres cadavres des suppliciés de la Terreur, il n'y aurait pas de cercueil à remonter le long de la rue Soufflot. Donc, faute de bière, on peut imaginer qu'elle y entrerait sous la forme d'une bouteille de Cahors.

Jusqu'aux travaux d'une parfaite érudition d'Olivier Blanc (4), colorés de sympathie communicative pour le sujet de son étude, Olympe était souvent décrite, avec condescendance, comme une exaltée politique, un auteur sans grand intérêt, une illettrée suspecte de galanterie, mais dont il convenait - malgré tout - de reconnaître un coup de génie : avoir détourné la "Déclaration des Droits de l'Homme" en la faisant suivre d'une "Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne" (5), qui a fait le tour du monde et a été au centre des célébrations du bicentenaire de la Révolution française.

Un génie en avance sur son temps

En fait, comme Louise Labbé deux siècles auparavant, Olympe est tout simplement un génie en avance sur son temps, en avance sur ses premiers commentateurs, y compris Michelet et pas seulement pour sa Déclaration. C'est une héroïne qui s'impose pour un roman, un film, une bande dessinée, un opéra, c'est un grand personnage de l'Histoire de l'humanité dans laquelle une province et un pays peuvent se reconnaître, et qui n'appartient pas seulement aux militantes féministes qui lui ont déjà rendu divers hommages mérités. On rêve de retrouver le manuscrit du roman qu'Alexandre Dumas n'a pas écrit sur Olympe de Gouges après son Olympe de Clèves.

C'est le mélange intime, sans contradictions, de sa manière de vivre son théâtre et ses convictions, de s'exprimer et de se battre, qui a été reproché à Olympe de Gouges, mais qui, aujourd'hui, impressionne le plus : il est vraisemblable qu'elle ne savait pas très bien écrire, mais elle dictait admirablement, comprenant aussi qu'il suffisait de changer quelques mots et d'ajouter un ou deux paragraphes pour que certains textes admis et admirés explosent en plein vol comme des feux d'artifice.

Amour de la liberté et liberté de l’amour

Veuve très jeune, décrite par tous comme une femme d'une beauté exceptionnelle, Olympe décide de quitter le Quercy avec son fils Pierre. Ce serait à ce moment-là, selon certains de ses admirateurs, qu'Olympe aurait fait escale à Parnac, au bord du Lot, exactement en face du château de son père à Caïx, où elle ne semble avoir jamais été admise. C'est ainsi qu'Olympe est devenue l'ombre qui hante les vieilles pierres de Régagnac.

De là, elle s'installe à Paris où elle apprendra à parler français, vivant en femme libre et libertine, c'est-à-dire en choisissant ses amants avec

Le père d'Olympe, J.-J. Lefranc, Marquis de Pompignan, de l'Académie Française (1709-1784)

discernement, sans se remarier, en dépensant les ressources offertes par son principal amoureux, à publier des affiches politiques, des manifestes et des pièces de théâtre qui témoignent d'une prodigieuse anticipation démocratique : égalité des sexes, y compris dans les engagements conjugaux et les séparations, reconnaissance et égalité pour les enfants adultérins, jury populaire pour les crimes et délits, solidarité avec les plus démunis, impôts sur le revenu, libération des esclaves (6) dans les colonies françaises, abolition de la peine de mort, etc.

Et il ne s'agit pas d'une mondaine à la Simone de Beauvoir (7) qui aurait eu le petit talent de repérer les thèmes porteurs de l'époque pour les avilir dans la complaisante adoration des dictatures. Olympe ne récupère pas, elle ne se compromet pas, elle précède - avec un courage incontestable pour déglinguer toutes les dictatures.

Contre les sanguinocrates

Elle insulte les Comédiens-français qui refusent de se teinter le visage avec du jus de réglisse pour jouer le rôle des nègres dans sa pièce sur l'esclavage. Elle descend dans la rue pour faire face aux abrutis venus la conspuer sous ses fenêtres. Républicaine, elle se propose comme avocat de Louis XVI parce qu'elle craint que celui du monarque, Malesherbes âgé, ne fatigue en expliquant, pertinemment, que la logique impose de garder le roi vivant, une fois la royauté déchue, car Capet guillotiné aurait fatalement un successeur dynastique et une régence dans l'émigration. On croirait entendre Cromwell expliquant à Mordaunt, dans Vingt ans après, pourquoi il eut été préférable qu'il laissa le roi Charles échapper à la hache du bourreau.

Le courage d’Olympe va s’illustrer de manière encore plus confondante et émouvante lorsque, de sa prison, à la veille d'une exécution à laquelle elle aurait pu échapper en tentant une évasion, son "Adresse au Tribunal révolutionnaire" s'en prend à Robespierre (8) avec une éloquence et une violence rarement entendues contre les Montagnards pendant la Révolution française.

Mad Maximilien, le mollah de la religion de l'Être suprême, le plus célèbre des sanguinocrates, le pervers dissimulé dans la défense des cordonniers d'Arras (9), l'ancêtre de Staline et de ses purges, de Mao Tse-Tung et de ses massacres, l'inspirateur de si nombreux dictateurs, ne peut supporter des vérités assenées avec tant de fougue : Olympe est guillotinée le 13 brumaire de l'An 2 (le 3 novembre 1793) le jour de la première, à l'Académie de musique (le futur Opéra), de Miltiade à Marathon (musique de Le Moyne sur des paroles de Guillard), quelques jours après la première parisienne sur cette même scène des Noces de Figaro de Mozart.

Olympe au Panthéon

Le bicentenaire de la Révolution française ne pouvait guère glorifier la guillotine qui décapita en France près de 20 000 personnes en quelques mois, celle-là même qui trancha le cou de Mme Roland et d'Olympe de Gouges. Avec ses bois peints en rouge, elle ne semble pas avoir été époussetée pour l'occasion, ni dressée pour la commémoration.

Le château de Parnac, où Olympe trouva, dit-on abri lorsque la porte de celui de Caïx, restait fermée

Elle est restée piteusement rangée dans les réserves de la Conciergerie et inscrite sur l'inventaire du ministère de la Justice (10). Mais elle en sortira sans doute pour les films en préparation sur Olympe, de Montauban à Parnac, puis du Quercy à l'échafaud de la Place de la Révolution (désormais Place de la Concorde), pour exalter le souvenir de la belle Quercynoise et lui faire retrouver la position qui lui revient non seulement au Panthéon mais dans l'imaginaire de tous les Français, et pour commencer ceux qui ont le bonheur de vivre près du Lot, entre Tarn et Dordogne.

René Viénet
rene.vienet@free.fr


L’article de René Viénet publié en français le 3 novembre 2001 à Cahors comptait
trois illustrations également reprises ici.

1. Portrait d’Olympe de Gouges, conservé au Musée Carnavalet.

2. Le château de Parnac, où Olympe trouva, dit-on, abri lorsque la porte de celui de Caïx, restait fermée.

3. Portrait du père d'Olympe, Jean-Jacques Le Franc, Marquis de Pompignan, de l'Académie Française (1709-1784).

« le plus sot animal, c'est l'homme »

Ci-après des extraits du texte de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne rédigée par Olympe de Gouges.

"Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? ta force ? tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire tyrannique* (...)
(...) L homme seul s'est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus. (...)

* De Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome, le plus sot animal, à mon avis, c'est l'homme (note d'O. de Gouges).


 

Article paru dans Le Monde du Jeudi 24 juillet 2003
 


Le livre



Marie-Olympe
de Gouges

une humaniste à la fin du XVIIIème siècle


par Olivier Blanc

Éditions René Vienet
2003

 

 


Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne
3 novembre 1793

À décréter par l'Assemblée nationale...

Préambule


Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes moeurs, et au bonheur de tous.

En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être Suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.

Article I -

La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.


  Article II -

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l’Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l’oppression.

 Article III - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la Femme et de l’Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

 Article IV - La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

 Article V - Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n’est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.

 Article VI - La Loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

 Article VII - Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

 Article VIII - La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

 Article IX - Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur est exercée par la Loi.

 Article X - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales, la femme a le droit de monter sur l ’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi.

 Article XI - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Article XII - La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

Article XIII - Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, les contributions de la femme et de l’homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.

Article XIV - Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l’administration publique, et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôts.

Article XV - La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.

Article XVI - Toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n’a pas coopéré à sa rédaction.

Article XVII - Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés: elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.


POSTAMBULE

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit; que vous reste t-il donc? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise? Le bon mot du Législateur des noces de Cana? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous? Tout, auriez vous à répondre. S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Etre Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir; vous n'avez qu'à le vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société; et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes.

Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes; le cabinet n'avait point de secret pour leur indiscrétion; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

 

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