Pierre BENOIT,
écrivain français et académicien dans le calme du Quercy qu'il a tant aimé
1886-1962
 
Contribution de Bernard Vialatte, Président de l’ «Association des Amis de Pierre Benoit », Gramat (Lot). Illustrations : La Pelouse, Maison de Pierre Benoît - 450, avenue Pierre Benoît - 40990 Saint-Paul-lès-Dax.

Quelques dates : 

1886. - 16 juillet. Pierre Benoit naît à Albi, de Gabriel Benoit, officier de carrière en garnison dans cette ville, mais de souche girondine et bayonnaise, et de Claire-Eugénie ex-Fraisse, d'une famille de viticulteurs de l'Aude implantés dans les Landes et possédant, à Saint-Paul-lès-Dax, une maison dite "Les Platanes" (plus tard : "La Pelouse").

1891-1905. - Il séjourne avec ses parents en Tunisie, puis à Annecy, de nouveau en Tunisie, enfin à Alger - toujours au gré des déplacements de Gabriel Benoit. Il poursuit ses études dans ces différents lieux.

1906. - Il fait son service militaire au premier régiment de zouaves, à Koléa (Algérie).

1907-1908. - Il prépare et obtient, à Montpellier, une double licence en lettres et en droit. En octobre 1908, il s'engage comme maître d'internat au lycée Lakanal, à Sceaux, près de Paris.

1910. - Il entre comme rédacteur à la Direction de l'Enseignement Supérieur du ministère de l'Instruction Publique.

1911. - Il échoue à l'agrégation d'histoire et de géographie. Il ne se représentera pas.

1912. - Il devient attaché au cabinet de Léon Bérard, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts.

1913. - Ses premiers poèmes paraissent, notamment dans La Grande revue.

1914. - Il publie un recueil de vers, Diadumène. Mobilisé au 218e régiment d'infanterie, il participe aux combats jusqu'en décembre, date à laquelle, malade, il est évacué sur Lagny.

1915. - Il passe sa convalescence à l'hôpital militaire de Toulouse. Il y apprend la mort de ses amis d'enfance, les poètes Roger Vincent et Émile Despax. Le 20 avril, son père, lui aussi, disparaît.

1916. - Réformé, Pierre Benoit reprend son poste au ministère de l'Instruction Publique.

1917. - Son premier roman, Koenigsmark, paraît en feuilleton dans Le Mercure de France, grâce à Francis Carco.

1918. - Pierre Benoit est affecté au cabinet du ministre et chargé de la bibliothèque. Il publie Koenigsmark chez Émile-Paul Frères. Il rate de peu le prix Goncourt.

1919. - Son deuxième roman, L'Atlantide (Albin Michel éditeur), est couronné par l'Académie Française. Dès lors, Pierre Benoit sortira (toujours chez Albin-Michel) un roman par an, excepté entre 1943 et 1947.

1920. - Les Suppliantes (poèmes).

1922. - Pour échapper à une maîtresse qu'il juge encombrante, il fait croire qu'il a été enlevé par des Sinn-Feiners. En décembre, mis en disponibilité à sa demande par le ministre, il part enquêter au Proche-Orient pour Le Journal, grand quotidien d'information.

1923-1924. - Séjour en Turquie, au Liban, en Palestine, en Égypte. Ce séjour lui inspire La Châtelaine du Liban et Le Puits de Jacob, en attendant d'autres titres.

1925. - Son ami Anatole de Monzie, ministre de l'Instruction Publique, lui fait découvrir Saint-Céré, petite ville du Lot. Il aime s'y retirer pour travailler. Il y écrira la plupart de ses œuvres jusqu'en 1940.

1929. - Il est élu président de la Société des Gens de Lettres.

1931. - Il est élu à l'Académie Française, au fauteuil de Georges Porto-Riche.

1943. - Il adapte, pour le cinéma, Le Colonel Chabert de Balzac. Mariage de Marie-Thérèse, sœur de Pierre Benoit, avec Lucien Daudet, dernier fils de l'auteur des Lettres de mon moulin.

1944. - Toujours pour le cinéma, il a écrit un Vautrin, inspiré principalement de Splendeurs et misères des courtisanes. Il reste très peu de son scénario et de ses dialogues dans le film qui sort en janvier. En septembre, il est arrêté à Dax, sous l'accusation de collaboration avec l'ennemi.

1945. - Il est écroué à la prison de Fresnes en janvier. En avril, on classe son dossier "sans suite", mais on l'interdit de publication en France pendant deux ans.

1946. - Grâce à l'appui, entre autres, de Jean Paulhan et Louis Aragon, Pierre Benoit est rayé de la liste noire.

1957. - Entretiens, à la radio, avec Paul Guimard, puis publication de ces entretiens sous le titre De Koenigsmark à Montsalvat (Albin Michel).

1959. - Pierre Benoit "démissionne" de l'Académie Française à la suite de l'échec de la candidature de son ami Paul Morand.

1962. - 3 mars. Mort de Pierre Benoit.



 

En Juillet 1925, Pierre Benoit envisage un séjour à la Grande Chartreuse mais son ami, Anatole de Monzie lui fit un tel éloge de Saint-Céré, son pays d'adoption, qu'il accepta de changer le lieu de sa retraite. Il débarqua donc en gare de Brive, où M. David l'attendait, pour passer quelques jours au calme avant de repartir vers de nouveaux horizons. Quinze ans plus tard, il était toujours là.

Arrivé à Saint-Céré, il s'installa à l'Hôtel du Touring, place du Gravier, propriété de monsieur et Madame David. Il choisit la chambre numéro 2, la plus petite, d'où il pouvait voir les Tours de Saint-Laurent.

Rapidement acclimaté et séduit par le pays, Pierre Benoit menait à Saint-Céré une vie quasi monacale, s'enfermant dans sa chambre, refusant toute visite et ne ressortant qu'en fin d'après midi, soit pour faire une promenade dans les rues, soit pour se rendre à la librairie de son ami Vertuel.

Dans la chambre numéro 2 pierre Benoit écrivit tout ou partie de nombreux romans: Le Roi Lépreux, Erromango, Le Soleil de Minuit, L'Île Verte, Fort de France, Monsieur de la Ferté, Boissière, La Dame de l'Ouest, Les Compagnons d'Ulysse, Bethsabée, Notre dame de Tortose sans oublier ses trois romans "quercynois", Alberte en 1926, Le Déjeuner de Sousceyrac en 1931 et Lunegarde en 1942. Le manuscrit de ce dernier roman a été dactylographié par Jean Vertuel, libraire et éditeur très connu à Saint-Céré.

Il écrivit également un ouvrage moins connu :"L'Homme qui était trop grand", à deux mains avec son ami Claude Farrère, académicien Français lui aussi. Après deux jours passés ensemble à définir l'intrigue et le plan de ce roman, ils se séparèrent. Pierre Benoit écrivit, à Saint-Céré, onze chapitres et Claude Farrère, treize. En cinq jours seulement, à l'Hôtel du Touring, ils firent ensemble les dernières mises au point du manuscrit définitif.

Pierre Benoit fut élu à l'Académie Française, au sixième fauteuil, en 1931. Le vingt-sept septembre de cette même année se déroula à Saint-Céré, en présence de sept cents invités, un banquet mémorable pour fêter cette élection. Des Ministres, des personnalités du monde littéraire et du spectacle ainsi que ses nombreux amis de la région y assistèrent.

Dans son discours prononcé ce jour-là il déclara notamment : "J'ai pu, depuis, aller me promener un peu partout, en Chine, à la Martinique, à Tahiti; il me semble que chacun de ces voyages n'a eu d'autre but que de fortifier les motifs que j'ai d'être attaché à ce pays, de désirer y enterrer définitivement le fameux bâton de pèlerin. Que d'abord je n'aie pas éprouvé quelque remords, c'est autre chose. Entre Dax, berceau des miens, Albi où je suis né, Paris dont je n'ai tout de même pas à me plaindre, j'ai pu me sentir un peu tiraillé. Puis, j'ai réfléchi et sans avoir de notions de trigonométrie particulièrement brillantes, je me suis aperçu que Saint-Céré occupait à peu prés le centre du triangle déterminé par ces trois villes. Ce jour-là, mes derniers scrupules ont été levés".

Il reçut à cette occasion son épée d'Académicien, conçue et réalisée par le premier ferronnier français, Raymond Subes, originaire, bien évidemment, du Quercy.

Cette fête fut copieusement arrosée. Pierre Benoit, un peu éméché, demanda, à l'issue du repas à la "muse de l'arrondissement" de se dévêtir totalement, ce qu'elle fit volontiers. La dame frissonnante et ravie reçut des mains de Pierre Benoit et du Ministre de l'Éducation Nationale d'alors, Anatole de Monzie, une douche au champagne.

Certains messieurs du Quai Conti, ayant appris cet événement, peu dans l'esprit de cette vénérable maison, firent retarder sa réception sous la Coupole au vingt-quatre Novembre 1932, soit plus d'un an plus tard.

Les trois romans quercynois de Pierre Benoit connurent un grand succès de librairie comme d'ailleurs chacun des quarante-trois romans écrits en quarante-cinq années. En effet, au terme de sa vie, les œuvres de Pierre Benoit s'étaient déjà vendues à plus de cinq millions d'exemplaires et les ventes continuèrent après sa disparition en 1962. Ces chiffres feraient pâlir de jalousie bien des écrivains actuels.

De ces trois romans furent tirées des adaptations diverses.

Lunegarde fut porté à l'écran en 1945, mis en scène par Marc Allégret avec notamment Gaby Morlay et Danièle Delorme mais ce film, malgré la notoriété de l'auteur, du metteur en scène et des acteurs ne connut pas un très grand succès.

Alberte fut, pour sa part, porté au théâtre en 1950 avec, à nouveau Gaby Morlay. Cette pièce ne fut jamais jouée sur une scène parisienne. Elle fut cependant jouée dans de nombreuses villes de province, en Afrique du Nord, en Belgique, en Suisse, en Espagne et en Argentine.

Le Déjeuner de Sousceyrac n'eut ni une destinée cinématographique ni théâtrale. Une adaptation de plus de quatre heures fut faite pour "Radio Paris" qui la diffusa le cinq novembre 1939. Il y a quelques années la télévision adapta ce roman (avec assez peu de bonheur) et le diffusa dans une version tournée à…Autoire ?!    Pierre Benoit fut donc très attaché au Lot et il est dommage que son souvenir s'estompe. Lui qui connut une gloire immense, qui fut ce que l'on appellerait aujourd'hui une "star", sombre dans l'oubli. 

                                                                  Bernard VIALATTE
Président de l’ «Association des Amis de Pierre Benoit ».
Pour tout renseignement Bvialatte@aol.com


Les 43 romans et leurs héroïnes en A. 

1918. - Koenigsmark (Aurore)

1919. - L'Atlantide (Antinéa)

1920. - Pour Don Carlos (Allegria)

1921. - Le Lac Salé (Annabel)

1922. - La Chaussée des Géants (Antiope)

1923. - Mademoiselle de la Ferté (Anne)

1924. - La Châtelaine du Liban (Athelstane)

1925. - Le Puits de Jacob (Agar)

1926. - Alberte (Alberte)

1927. - Le Roi lépreux (Apsara)

1928. - Axelle (Axelle)

1929. - Erromango (Alice)

1930. - Le Soleil de Minuit (Armide)

1931. - Le Déjeuner de Sousceyrac (Armande)

1932. - L'Ile Verte (Andrée)

1933. - Fort-de-France (Aïssé)

1934. - Monsieur de la Ferté (le seul roman de Pierre Benoit où le prénom en A est porté par un homme : Angel)

1935. - Boissière (Adlonne)

1936. - La Dame de l'Ouest (Ariane)

1937. - Les Compagnons d'Ulysse (Angelica)

1938. - Bethsabée (Arabella)

1939. - Notre-Dame-de-Tortose (Armène)

1940. - Les Environs d'Aden (Albine)

1941. - Le Désert de Gobi (Alzyre)

1942. - Lunegarde (Armance)

1943. - Seigneur, j'ai tout prévu (Aude)

1947. - L'Oiseau des ruines (Agathe)

1948. - Jamrose (ce titre avait d'abord paru au Canada, en 1945), (Algide)

   - Aïno (Aïno)

1949. - Le Casino de Barbazan (Argine)

1950. - Les Plaisirs du voyage (Adèle)

- Les Agriates (Aquilina)

1952. - Le Prêtre Jean (Alverde)

1953. - La Toison d'Or (Atalide)

1954. - Villeperdue (Aedona)

1955. - Feux d'artifice à Zanzibar (Azraële)

1956. - Fabrice (Aydée)

1957. - Montsalvat (Alcyone)

1958. - La Sainte Vehme (Alda)

1959. - Flamarens (Atsouko)

1960. - Le Commandeur (Amparida)

1961. - Les Amours mortes (Alcmène)

1963. - Aréthuse (ouvrage posthume et inachevé), (Aréthuse)

N. B. Pierre Benoit écrivit aussi des nouvelles (dont les héroïnes ne portent pas de prénoms en A), des récits de voyage, des articles, des scénarii de films, des préfaces, etc.

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