Cathy GARCIA



 

 

 

 
Bibliographie :
 Cathy Garcia, né en 1970, vit sur le causse depuis 2001. A fondé la revue Nouveaux Délits en juillet 2003 (voir http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/)
Blog de l'auteur :
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
 
 2001:
PANDEMONIUM 1 (poèmes) et FRAGMENTS DE TOUT ET DE RIEN  (prose) publiés aux Editions Clapàs, et PAPILLON DE NUIT dans la collection Franche-Lippée (Clapàs également).

2003 :  
- GRIS FEU chez Ambition Chocolatée et Déconfiture, un recueil de 13 de mes poèmes. Voir: http://www.bleton.com/acd/poesie.htm
- Un poème Le septième sens figure dans l'anthologie NOUVEAUX POETES FRANÇAIS ET FRANCOPHONES (JP Huguet éditeur - 2003) (présentation à la Sorbonne au cours d'une soirée le 12 janvier 2004, en partenariat avec France Culture).
- une bonne partie de Calepins Voyageurs - Journal intime en tournée 1997/2002 plus quelques poèmes, dont certains inédits sur le cd-rom : L'EXORCISME DU SABLE (Pourquoi toujours dans le désert?) aux Ed. Profana Bellica (Belgique) du poète belge Christian Erwin Andersen
 
2004 :
- La nouvelle histoire de Monsieur Seguin dans le recueil Nouvelles story n°2, Ed. Alpa.
- Le poème Sans complaisance dans le recueil la rumeur des choses, édité par le DESS Edition de la Sorbonne 
jardin du causse auto-publié en décembre 2004 aux éditions à tire d'ailes, tirage maison sur papier recyclé, format b5, 56 pages, illustrations originales de Joaquim Hock, illustrateur attitré de la revue Nouveaux Délits : http://cf.geocities.com/joaquimhock/jardin_du_causse.htm
 
 
Publication en  revues :
- dans l'arbre à paroles le numéro 116 édité par la Maison de la Poésie d'Amay (Belgique),
- dans An +, trimestriel belge, n°11,
- dans Microbe l'excellent bimestriel, belge également,  n°14, n°20 et n°25
- dans Les hésitations d'une mouche, revue bordelaise, n°23
- dans Némésis, revue étudiante dijonnaise n°3
- dans Scribanne, n° 41-42
- dans Chemin de Traverse éditée par l'association parisienne, l'Ours Blanc, n° 20
- dans Planète des signes, revue virtuelle, n°33 et 34
- dans Ambition Chocolatée Déconfiture, trimestriel, n°40, 41 et 43
- dans Reflets de lucioles, n°5
- dans Bastet, n°1 et 2
- dans Dégaine ta rime, n°34
- dans Traction Brabant, n°3
- dans Nada Zéro (mail art) n°48
- dans Ougarit n°3 en bilingue franco-arabe
- dans Comme en poésie n° 20

Et dans ma propre revue Nouveaux Délits et sur de très nombreux sites du web francophoSurne (voir
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com)


Terre du Quercy

Que m’as-tu fait terre, terre de chênes, m’aurais-tu enchainée ? Envoûtée à tes sources secrètes, ton sol osseux, tes bras de genièvre ? Tu m’offres ta couche de pelouse sèche où se pressent pelures d’univers, mondes miniatures enchanteurs et cruels. Que m’as-tu fait terre du Quercy ? Des racines me poussent, je me noie dans ton ciel. Les oiseaux me parlent et je capte la langue nomade des nuages sans même plus avoir le désir de les suivre. Que m’as-tu fait ? Agenouillée dans ton hiver, je guette avide tes premières érections printanières, tes orchis clitoris. Qu’as-tu fait terre pour que je me sente si ancienne entre la rose chienne et les sortilèges du chèvrefeuille ? J’arpente tes courbes et tu me découvre les secrets de ton causse. Me rendras-tu fertile et profonde comme l’échancrure de tes combes et vallées ? Te joues-tu de moi pour que je me sente reine avec des bois sur la tête ? M’enverras-tu tes chasseurs ? La bête se cache et je deviens ta bête, ô terre du Quercy.

J’entends rire les arbres et pleurer aussi. Et tout leur travail d’arbre. Les écorces me dévoilent le trésor de leur art, ma chevelure s’emmêle de lichen et de mousse.

Plus de sept ans que tu me tiens sous tes charmes, pays d’Avalon d’Occitanie. Tes pierres, tes eaux, parlent plus que les hommes. Tu m’apprends ça aussi, à me taire, terre du Quercy.

Tes galets remplissent mes poches, tes branches, tes racines rampent jusqu’à ma porte.

Que veux-tu ? Que je sois chêne parmi les chênes, que j’y perde ainsi mes chaînes d’humanité ? Ou bien m’acceptes-tu jardinière, poète, contemplatrice.

Terre du Quercy, je sais qu’autrefois tu as connu bien plus de vie. Aujourd’hui sur ta peau broussailleuse ce sont les pèlerins et autres amoureux des chemins qui te caressent.

Certains peut être  te font même l’amour.

Terre de beauté, prends-moi encore contre ton sein, que j’y sente couler la sève des rêves.

 

Cathy Garcia, St Cirq-Lapopie, 2009

 

Jardin du causse  


Un jardin sur le causse au fil des saisons,
une petite fille qui y grandit
le regard d'une mère...
et puis tout le reste.

Voici la préface de Mireille Disdero (ed. Alba) :
 
Un long poème sur un cycle de l'existence, le déroulement des saisons en parallèle avec le mouvement intérieur des saisons d'une femme et sa richesse de vivre.
 
En écrivant Jardin du Causse, Cathy Garcia franchit un seuil, une étape importante. Elle sait que dans une vie, plusieurs jardins sont cultivés et aimés. Tous comptent, sont essentiels. Avant de quitter celui-ci, elle note
précieusement chaque éclat au fil des jours, patiemment et jusqu'à l'infiniment petit, sachant que ce sont les petites choses qui comptent et que le temps humain est court, la mémoire sélective ou incertaine. Elle écrit des moucherons au soleil car elle possède la connaissance de leur participation  à la beauté de l'infime.
 
Ce beau poème apporte énergie et enthousiasme à celui qui le découvre. Cathy montre - comme il est écrit dans le dictionnaire des symboles (Robert Laffont 1982) - que « le jardin est le lieu de la croissance, de la culture des phénomènes vitaux et intérieurs ». 

jardin du causse
l'enfant
progresse
sans cesse
apprend
à marcher
tourne
autour de la mère

Elle connaît le nom des plantes. La lisant, l'herboriste trouvera son bonheur. Mais également, elle sait retranscrire la magie naturelle du règne végétal et des éléments. 
 

Dans le Jardin du Causse on croise la féerie d’un concombre à carapace de dragon, une fée lutine, des fleurs ailées qui enchantent le ciel... le brouillard sorcier, une demi-noix vide devenue berceau de fée, une princesse… tombée de son dragon, et des recettes guérisseuses :

fleurs d’hysope

violet vif

poignée de sarriette

poignée de thym

en tisane du matin

effarouchent le rhume

 

Une lecture régénératrice et harmonique, reliant la chorale des arbres, à  

la fille

une pierre

dans chaque main
retrace les origines

Enfin dans le poème, lieu et temps jumeaux se lisent à rebours, au fil des mois. Cheminant dans ses vers, nous vient le sentiment d’un poème juste et clair, accordé comme une note de musique peut l’être, et la sensation que rien ne se perd puisque tout se transforme, chaque chose – si infime soit-elle – étant écrite et illustrée dans le Jardin du Causse, de Cathy Garcia.

   

Mireille Disdero, décembre 2004 (dans le jardin de La Barben en Provence).


Extrait de jardin du causse :
 
MARS
 

 
I
 
jardin du causse
les pruniers ont des airs
de jeunes mariées
c’est le règne
des fleurettes
essaims bleus
de véronique
lamier pourpre
chaque fleur
de sa fleur
un pur bijou
d’érotisme
 
 
II
 
jardin du causse
chaleur précoce
papillon citron
odorantes violettes
en toute innocence
l’enfant massacre
les pâquerettes…
puis concocte
une soupe
aux cailloux
au grand bonheur
de la vieille marmite
abandonnée
un bâton pour touiller
quelques brins d’herbe
pour parfumer
passe le cherche-midi
qui sera désigné du doigt
 

III
 
jardin du causse
le vent d’autan
souffle hardiment
le printemps
tout de vert vêtu
arborant de beaux
boutons jaunes
s’approche !
les robes virginales
maintenant
haillons dans le vent
mêlés de feuilles
tendres
 
jardin du causse
l’enfant marche
maîtrise la verticalité
tendue entre ciel
et terre
elle avance
à petits pas
mesurés
 
jardin du causse
grappes bleues
de muscari
penchées
sur leur frêle tige nue
passe un colibri des prés
le moro-sphinx
étrange papillon
que l’on aurait
envie
de caresser
 

IV

 

jardin du causse

pulsions vertes

bulles de duvet

faire un vœu

souffler d’un coup

 

jardin du causse

nouveau venu

dans la famille

un chat

robe grise

légèrement tigrée

tombé du ciel

au mois de mars

voici donc Giboulée !

 

 

aussi câlin que voleur

fait la joie de l’enfant

Giboulée est son ami

comme la fleur

et la fourmi

 

jardin du causse

éclat vif et mauve

la monnaie du pape

ses pétales en croix

 

 

V

 

jardin du causse

ciel doux couvert

appel du potager

envie de semis

basilic au chaud

sous la serre

lancer de radis

à la volée

en pleine terre

 

clins d’œil

des aromatiques

tu nous fait une toilette ?

dégager les sauges

le pied de lavande

pour me remercier

m’offre un parfum

discret

suave

 

jardin du causse

dans la serre

l’ananas est mort

un cactus a souffert

la misère elle   reprend

la misère ne meurt jamais

coriace…

le ginkgo bourgeonne

palmier  yucca

se portent bien

les figuiers barbares

ont triste mine

entre les racines

d’une plante grasse

une fourmilière

a élu domicile

 

jardin du causse

l’absinthe est partie vivre

en pleine terre

fumeterre et silène

fleurissent

silènes appelés aussi

compagnons blancs

 

 

VI

 

jardin du causse

les jours de pluie

ont engraissé

herbes feuilles fleurs

étranges dentelles

des fruits du frêne

comestibles jeunes

et dit-on favorables

aux amoureux…

des iris violets

saluent l’entrée

dans la serre

semis de printemps

tomates cerises

poivrons

piments

courgettes

potimarrons

pommes d’or

butternuts

cactées rempotées

 

jardin du causse

les victimes de l’hiver

feront compost

les plantes grasses

nourries taillées

ont regagné leur place

estivale

sur le muret de pierre

comme le ginkgo

et le cyprès

son arbre à elle

racines et placenta

 

jardin du causse

grande joie !

la monstera deliciosa

plante d’intérieur

qui me suit depuis

tant d’années

pour consoler

mes nostalgies

brésiliennes

renaît

de ses tiges rasées…

on l’appelle aussi

l’ananas

du pauvre

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