Cahors, Imp. Coueslant
(personnel intéressé).
— 36.103.
 

SUCRERIE COOPÉRATIVE DE CAHORS
Régie par la loi du 5 août 1920



I. – EXPOSÉ
 

La Sucrerie Coopérative de Cahors est une Société constituée entre les cultivateurs de la Région et s'étendant sur les départements du Lot et voisins. Elle a pour but d'édifier une sucrerie à proximité immédiate de Cahors, en bordure du chemin de fer et de la route, donc placée dans les conditions les plus favorables pour l'arrivée des betteraves en réduisant les frais d'approche au plus bas. Seuls les cultivateurs peuvent en faire partie et seuls les souscripteurs de parts pourront livrer des betteraves à l'usine au prorata du nombre de leurs parts. Il ne peut être question, de l'entrée dans la Société de capitalistes ou industriels étrangers à la culture.

Les statuts de la Société sont ceux établis pour les coopératives de production et de transformation par la Caisse Nationale du Crédit Agricole au Ministère de I'Agriculture et comme ils donnent toutes garanties aux cultivateurs. La Société sera administrée par un Conseil d'Administration de dix à quinze membres exerçant leurs fonctions gratuitement, renouvelables tous les 5 ans à raison d'un cinquième par an et nommés par l'Assemblée Générale des Coopérateurs Dans les Assemblees Générales les décisions sont prises par vote de tous les Coopérateurs et aucun d'entre eux ne peut avoir plus d'un maximum de 3 voix, quel; que soit le nombre de ses parts, de sorte qu'à aucun moment I'affaire ne peut être accaparée ou soumise aux volontés de quelques-uns seulement : c'est le nombre des Coopérateurs et surtout des petits Coopérateurs qui impose ses volontés à I'Administration et à la Direction de la Coopérative. Le capital de la Société qui est variable est divisé en parts de 500 francs que tout cultivateur peut actuellement souscrire proportionnellement à ses capacités culturales. La Sociéte en formation semble pouvoir réunir des concours suffisants pour envisager l'installation d'une usine capable de travailler 500 tonnes de betteraves par jour ; cette capacité pourra être augmentée par la suite si la nécessité s'en présentait.

L'étude de l'affaire montre que les Coopérateurs doivent souscrire au moins 2.000 francs par hectare cultivé annuellement en betteraves. Le capital définitif de la Coopérative sera done fixe et arrêté ultérieurement d'après le nombre d'adhésions parvenues au siège de la Société et divisé en parts de 500 francs, I'adhésion comportant au moins la souscription à une part.

Il. — AVANTAGES DE LA CULTURE DE LA BETTERAVE

Il est inutile de rappeler longuement ici les avantages de la culture de la betterave à sucre : nettoyage facile des terres, ameublissement du sous-sol sur place, rendements élevés en céréales (blé, avoine) attleignant 30 à 40 quintaux de blé en moyenne dans le Nord, utilisation des pulpes pour le bétail et des écumes de fabrication riches en chaux pour les terres, etc.....

La France produit actuellement 700.000 tonnes de sucre en moyenne. Sa propre consommation et celle de ses colonies représente près de un million de tonnes. La différence est fournie par nos colonies, les prestations allemandes en nature et des importations venant de Cuba, Java ou des pays du centre de l'Europe.

La culture de la betterave sera d'un grand secours à la région et amènera outre une industrie importante, une amélioration générale de l'agriculture du pays.

Dans le Nord, l'hectare de betteraves rapportant 30.000 kilogs donne dans ces dernières annees une recette brute moyenne de plus de 6.000 francs à l'hectare laissant un trés gros bénéfice net.

III. — AVANTAGES DE LA SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE

La Société Coopérative, comme on le voit, est une affaire faite entre les cultivateurs pour leur bénéfice exclusivement ; tous les avantages à en retirer leur appartiennent donc. Ces avantages sont nombreux :

1° D'abord le benéfice du fabricant de sucre ; on sait que ces bénéfices ont été très élevés surtout depuis la guerre.

2° A cela vient s'ajouter le total des exonérations fiscales. La loi a déchargé Ies Coopératives de la patente, de l'impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux, ainsi que des taxes grevant les intérêts des emprunts, des frais d'enregistrement de Société, des taxes d'abonnement sur les actions, etc..... avantages qui se chiffrent par plusieurs centaines de mille francs par an pour une usine de 500 par jour.

3° L'approvisionnement assuré en plein chaque année fait que l'on arrive au plus bas prix de revient. En conséquence, les frais d'exploitation étant réduits au minimum, les bénéfices sont augmentés d'autant.

4° Les parts ne touchant qu'un intérêt de 6 0/0, maximum légal fixé par la loi pour les Coopératives, tous les bénéfices sont répartis entre les cultivateurs coopérateurs au prorata de leurs livraisons de betteraves.

Tous les Coopérateurs sont en principe traités à égalité. Qu'ils soient éloignés ou rapprochés de l'usine, ils livreront leurs betteraves au même prix et recevront les pulpes et les graines aux mêmes conditions.

Toutes facilités seront données aux Coopérateurs pour que l'usine puisse accepter toutes leurs betteraves dans la mesure du possible ; néanmoins, pour s'assurer l'avenir, nous les engageons à souscrire le plus de parts possible, d'après leurs ressources, et proportionnellement à l'étendue de leurs cultures, afin que si par la suite la production de betteraves devenait plus abondante et que la Société soit amenée à contingenter les livraisons, ils n'en soient pas touchés. Il est évident en effet que dans l'avenir les quantités à livrer pourraient être limitées par le nombre de parts possédées par chacun en cas de récolte très abondante.

IV. — PROGRAMME

L'usine sera donc établie pour travailler comme il est dit ci-dessus 500 tonnes de betteraves par jour, soit 40.000 tonnes par campagne suivant le nombre d'adhésions, ce qui représente la production de 1.500 hectares de betteraves environ chaque année. Or, dans la région envisagée, plus de 100 communes peuvent faire des betteraves trés avantageusement pour l'usine avec des frais d'approche moyens raisonnables et nous prévoyons le placement des parts relativement facile. Plus l'usine sera bien approvisionnée, plus les frais généraux seront réduits et plus les bénéfices répartis entre les coopérateurs seront élevés. On peut estimer que, les betteraves étant payées aux Coopérateurs aux prix les plus élevés pratiqués en France, il resterait aux conditions économiques actuelles environ 45 fr. de boni par tonne à la disposition de la Société. Suivant les années ce boni pourra varier ; néanmoins, la Coopérative sera d'autant plus intéressante pour les adhérents que de toutes façons elle retirera de la fabrication des bénéfices plus importants que si l'usine appartenait à un particulier ou à une société anonyme.

Nous sollicitons donc le concours de tous les Agriculteurs de la région ; il est désirable que chacun souscrive en proportion de l'étendue de son exploitation et de ses facultés de production ; les cultivateurs de la région adopteront ce précepte que l'argent gagné par l'Agriculture doit rester dans l’Agriculture après avoir rempli ses devoirs envers le pays. Ils ne devront pas hésiter à souscrire des parts à la Société coopérative qui sera leur propre affaire, leur appartiendra et sera administrée par un Conseil composé d'eux-mêmes ou de leurs représentants, toutes dispositions qui Ieur donnent de sérieuses garanties pour l'avenir.

Les avantages de Coopératives de Sucreries et Distilleries comme celles de Savy-Berlette, Lillers, Bétheniville, etc… sont suflisamment connus. Leurs preuves sont suffisamment faites et leur succès actuel est un sûr garant de I'avenir pour la Sucrerie coopérative de Cahors. La Coopérative est, en effet, la seule façon d'éviter les différends et les discussions entre cultivateurs et fabricants de sucre pour le prix des betteraves et les conditions de livraisons. Ici tous les benéfices appartiennent aux Coopérateurs ; ces différends disparaissent et c'est la raison essentielle qui a déterminé l'adoption du programme de la Coopérative exposé ci-dessus.

V. — RÉALISATION ET RÉSULTATS FINANCIERS PROBABLES

L'utilisation des prestations en nature doit être envisagee pour la région du Lot comme pour les autres régions françaises et la Coopérative aura avantage à en faire usage pour décharger les coopérateurs de mises de fonds importantes au début de l'affaire pour la réalisation et l'installation des usines. Il suffira donc de réunir les capitaux nécessaires aux travaux et fournitures à confier à des entrepreneurs français, soit une somme de l'ordre de 5 à 6 millions, le reste pouvant être fourni, après accord avec le Gouvernement français, par l'Allemagne et payable en 15 à 20 ans avec intérêt de 6 0/0 et moratorium de 2 à 3 ans au départ.

Dans ces conditions, le programme financier s'établirait comme suit :

DÉPENSES

COUVERTURE DE CES DÉPENSES

   
Terrains

500.000

Bâtiments, voie

5.000.000

Matériel

12.000.000

Fonds de roulement, frais const.

1.000.000

  Total

18.500.000

Capital versé par les coopérateurs

3.000.000

Prêt du Crédit agricole

3.000.000

Subvention du Génie rural

500.000

Prestations libres

12.000.000

  ce qui fait bien

18.500.000

Les résultats financiers des sucreries permettant de prévoir des benéfices de 45 fr. par tonne, on aurait donc annuellement sur 40.000 tonnes, 1.800.000 fr. de benéfice. Or, les charges financières de la Société seraient;

Intérêt de 6 0/0 aux parts

180.000

Annuité au Crédit agricole (30/0-25 ans)

172.000

Annuité sur prestations (6 0/0-20 ans)

1.045.200

  Total

1.397.400

On pourrait donc mettre aux réserves: 402.600 fr.

Les usines pouvant travailler 500.000 kg. par jour pendant plus de 110 jours, du 20 septembre au 15 janvier dans la région envisagee, trés favorablement placee on voit que, si les cultivateurs - alimentent l'usine à plein, la campagne pourra porter sur 55.000 tonnes et la somme à passer aux réserves s'élèverait alors à 1.077.600 fr.

L'amortissement des installations se ferait automatiquement par les remboursements des annuités prévues ci-dessus. Financièrement l'affaire est donc intéressante pour les agriculteurs de la région qui auront en mains une usine moderne importante moyennant un faible capital apporté par eux, tout en recevant pour leurs betteraves un prix très rémunérateur, supérieur à celui pratiqué par les sucreries en Société anonyme ou appartenant à un industriel.

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